CATHERINE DE MÉDICIS

10/03/2017 13:58
CATHERINE DE MÉDICIS 
 
Catherine de Médicis
Portrait de Catherine de Médicis (vers 1555).
Portrait de Catherine de Médicis (vers 1555).
Titre
Régente du Royaume de France
 – 
(2 ans 8 mois et 12 jours)
Monarque Charles IX
Reine de France
 – 
Couronnement ,
en la 
basilique Saint-Denis
Monarque Henri II
Prédécesseur Éléonore d'Autriche
Successeur Marie Stuart
Duchesse consort de Bretagne
 – 
(10 ans 7 mois et 21 jours)
Prédécesseur Louis XII de France
Successeur dissolution du duché
Biographie
Dynastie Maison de Médicis
Nom de naissance Caterina Maria Romola di Lorenzo de' Medici
Date de naissance
Lieu de naissance Florence (Florence)
Date de décès  (à 69 ans)
Lieu de décès Château de Blois (France)
Sépulture Basilique de Saint-Denis
Père Laurent II de Médicis
Mère Madeleine de la Tour d'Auvergne
Conjoint Henri II de France
Enfants François II Red crown.png
Élisabeth de France
Claude de France
Louis de France
Charles IX Red crown.png
Henri III Red crown.png
Marguerite de France
François de France
Victoire de France
Jeanne de France
 

Signature
 

Catherine de Médicis
Reines de France
 
 

Catherine de Médicis est née le 

 à Florence (Florence) sous le nom de Caterina Maria Romola di Lorenzo de' Medici et morte le   à Blois (France).

Fille de Laurent II de Médicis (1492-1519), duc d'Urbino, et de Madeleine de la Tour d'Auvergne (1495-1519), elle grandit en Italie d'où elle est originaire par son père. À la mort de ses parents, elle hérite du titre de duchesse d'Urbino, puis de celui de comtesse d'Auvergne à la mort de sa tante Anne d'Auvergne en 1524.

Par son mariage avec le futur Henri II, elle devient Dauphine et duchesse consort de Bretagne de 1536 à 1547, puisreine de France de 1547 à 1559. Mère des rois François IICharles IXHenri III, des reines Élisabeth (reine consort d'Espagne) et Marguerite (dite « la reine Margot »), elle gouverne la France en tant que reine-mère et régente de1560 à 1563.

Catherine de Médicis est une figure emblématique du xvie siècle. Son nom est irrémédiablement attaché auxguerres de Religion opposant catholiques et protestants. Partisane d'une politique de conciliation, elle est l'instauratrice en France de la liberté de conscience pour les protestants, et a de nombreuses fois tenté de faire accepter le concept de tolérance civile.

Une légende noire persistante la dépeint comme une personne acariâtre, jalouse du pouvoir, ne reculant devant aucun crime pour conserver son influence. Aujourd'hui, la tendance historiographique la réhabilite, et reconnaît en elle une des plus grandes reines de France. Néanmoins, son rôle dans le massacre de la Saint-Barthélemycontribue à en faire une figure controversée.

 

***

CATHERINE DE MÉDICIS 
 
 
 
Le 13 octobre 1533, jour néfaste dans les annales de la France, Clément VII faisait son entrée solennelle à Marseille, heureuse et fière de recevoir dans ses murs celui dans lequel elle saluait le successeur de saint Pierre et le vicaire de Jésus-Christ. Ce pontife, chargé d’années et d’infirmités, amenait avec lui sa nièce, une jeune Florentine, la duchesse d’Urbain, qui appartenait à l’illustre famille des Médicis. La princesse était belle, gracieuse, riche ; rien ne faisait présager alors qu’elle serait cette Catherine de Médicis, la mère de Charles IX et de Henri III. 
 
      La descendante des Médicis était destinée à être l’épouse du second fils de François Ier, qui régna sous le nom de Henri II. Son oncle avait voulu la remettre aux mains de François Ier mais le vrai motif qui l’avait poussé à affronter les fatigues du voyage était d’arrêter le futur beau-père de sa nièce sur la pente qui semblait alors le pousser vers le luthéranisme ; coup mortel pour la papauté, si la France lui avait échappé. 
 
      L’entrevue de François Ier et de Clément VII eut lieu avec beaucoup d’éclat, et le rusé pontife retourna à Rome rassuré sur le compte du roi, qui amena à Paris la du duchesse d’Urbain. 
 
     Catherine de Médicis était née à Florence, le 13 avril 1519. Après la prise de cette ville par les Impériaux, elle fut appelée à Rome par son oncle Clément VII, qui surveilla son éducation, et négocia, en 1533, son mariage avec un fils de France. Quand elle arriva à la cour de son beau-père, elle était à peine sortie de l’enfance, et ne put jamais obtenir l’affection de son mari, qui jusqu’à sa mort la délaissa. Elle souffrit cruellement de son abandon ; mais elle sut dissimuler habilement la haine qu’elle avait pour Diane de Poitiers, qui exerçait sur Henri II un empire absolu ; et quand sa double dignité d’épouse et de reine lui faisait un impérieux devoir de relever fièrement la tête devant Diane, elle la flatta et l’encensa servilement. 
 
      A la mort de son mari, elle crut qu’elle allait prendre en main les rênes de l’État ; tout en apparence le lui faisait croire ; le jeune monarque avait une santé délicate, une intelligence bornée ; il était de la race de ces princes qui sont condamnés à une minorité perpétuelle ; qui, mieux que sa mère, pouvait exercer un empire absolu sur son esprit ? mais les Guises, aussi ambitieux qu’elle, avaient pris les devants et gouvernaient François II par sa jeune et belle épouse, Marie Stuart, leur nièce, fille de Jacques V, roi d’Écosse. Catherine dissimula habilement la haine qu’ils lui inspiraient, et parut heureuse et contente, quand intérieurement rongée par le démon de l’envie, elle épiait le moment où elle saisirait ce pouvoir, l’idéal de ses rêves. Ce moment arriva pour elle presque inopinément. Son fils, François II, tomba tout à coup malade à Orléans, où se tenaient les États généraux, et expira peu de jours après, laissant le trône à son frère, qui porte dans l’histoire le nom sinistre de Charles IX. La régence fut déférée à Catherine de Médicis pendant tout le temps de la minorité du jeune roi. Elle la prit dans des circonstances bien difficiles ; les Guises et les Bourbons cherchaient à s’entre-détruire, et de leur haine vivace et profonde sortit la première de ces sept guerres de religion qui ensanglantèrent le sol français. 
 
    Catherine de Médicis, qui désirait la paix, essaya, mais vainement, de tenir le juste milieu entre les Guises et les Bourbons, et alors, selon les intérêts de sa politique, elle prenait tantôt le parti des protestants, tantôt celui des catholiques ; personnellement elle n’avait aucune foi religieuse ; son seul Dieu était son ambition, son intérêt sa seule loi ; quand elle essaya de réunir les protestants et les catholiques à Poissy, afin d’opérer la réunion des deux cultes, elle n’avait d’autre but que celui de pacifier le royaume et de se débarrasser des Guises et des Bourbons dont elle redoutait l’ambition. 
 
      Nous ne suivrons pas la mère de Charles IX dans sa vie si accidentée, nous dirons seulement qu’elle fut débarrassée d’Antoine de Bourbon, roi de Navarre, par la blessure mortelle qu’il reçut au siège de Rouen ; de Louis de Condé, par Montesquiou, qui l’acheva d’un coup de pistolet à la bataille de Jarnac ; et de François de Guise, par le coup de poignard de Poltrot. Ces morts successives, y compris celle du vieux Connétable de Montmorency consolidèrent le pouvoir entre ses mains, et pendant que le jeune Charles IX régnait, elle gouvernait. 
 
      Catherine redoutait les protestants, et non sans raison, car elle leur avait si souvent manqué de parole qu’ils étaient devenus défiants ; cependant, après la paix de Saint-Germain, elle se montra à l’égard de leurs chefs si gracieuse, si prévenante, qu’ils crurent pour la plupart à ses promesses et se rendirent en très grand nombre à la cour, où se préparaient de grandes et brillantes fêtes à l’occasion de la prochaine célébration du mariage de Henri de Béarn, le fils de Jeanne d’Albret. Ce jeune prince, depuis si célèbre sous le nom de Henri IV, devait épouser Marguerite de Valois, la belle et spirituelle fille de Catherine de Médicis. La mère de Henri n’avait consenti qu’avec peine à ce mariage, tout honorable qu’il fut pour son fils. La jeune princesse était catholique et avait été élevée sous les yeux de sa mère, au milieu d’une cour où le vice ne se donnait pas même la peine de se cacher. Dans cette grave circonstance, la pieuse Jeanne d’Albret consulta plus la politique que sa foi religieuse ; aussi ce mariage royal fut l’un des plus calamiteux dont l’histoire de France ait gardé le souvenir. Marguerite fut une épouse légère, infidèle, et ne contribua pas peu à jeter son mari dans une vie aussi déréglée que la sienne. 
 
   Pendant les préparatifs des noces, Jeanne d’Albret, qui était venue à Paris, mourut presque subitement, le 8 mai 1572. Des bruits sinistres circulèrent, et aujourd’hui on croit assez généralement que Catherine de Médicis ne fut pas étrangère à sa mort, ayant chargé Bianque, son parfumeur, de commettre ce crime au moyen de gants empoisonnés qu’il vendit à Jeanne d’Albret. 
 
      Cette mort éveilla les soupçons ; mais Catherine de Médicis, qui avait visité la reine de Navarre pendant les derniers jours de sa vie, s’associa si bien aux regrets des protestants qu’ils crurent à une mort naturelle. 
 
      Coligny, dans ce moment, vivait retiré dans sa terre de Châtillon-sur-Loing, où quelques amis s’efforçaient de le retenir. « N’allez pas, lui disaient-ils, à la cour de cette reine perfide, qui vous a trompé tant de fois ; sous ses fêtes il y a des pièges et du sang » ; mais le noble amiral, qui jugeait des autres par lui-même, ne crut pas à leur pronostic et se rendit à la cour, où il fut reçu par Charles IX et par sa mère avec de grandes démonstrations de respect et de confiance ; Charles IX était sincère ; ses bons instincts se réveillèrent dans les entretiens qu’il eut avec Coligny ; ce grand homme lui tint un langage noble, élevé ; il lui fit comprendre que c’était pour la France le moment de reprendre en Europe l’influence qu’elle avait perdue, en attaquant Philippe II, roi d’Espagne, dans les Flandres. C’était de la haute et patriotique politique. Charles IX comprit et reporta sur son sage conseiller la confiance qu’il avait abandonnée plutôt que donnée à sa mère. Catherine ne tarda pas à s’en apercevoir, et le jour où l’amiral lui devint suspect, elle résolut de le faire assassiner. Dans la vie de Charles IX, nous raconterons cette page honteuse et sanglante de son histoire, ainsi que le massacre de la Saint-Barthélémy. 
 
    L’assassinat des protestants délivra la reine de Coligny et d’un grand nombre de capitaines huguenots ; mais les protestants, à la vue de leurs frères si lâchement assassinés, bondirent de colère et se précipitèrent sur leurs armes pour se défendre, et élirent bientôt pour leur chef Henri de Béarn, qui, après avoir abjuré la foi protestante, s’était échappé de la cour. La guerre, que Catherine pensait terminée, avec les assassinats de la Saint-Barthélémy, recommença avec une nouvelle fureur, et la reine, qui croyait les protestants abattus pour toujours, les trouva debout, menaçants, et décidés cette fois à ne plus croire, ni à ses promesses, ni à ses serments. De tous les côtés, ils se levaient en masse, au cri de : Vengeance ! vengeance ! La Rochelle, ville protestante, ferma résolument ses portes ; force fut donc à Charles IX et à sa mère de faire marcher les troupes royales contre ceux qu’elle osait appeler des rebelles, quand ils n’avaient pris les armes que pour n’être pas lâchement assassinés comme leurs frères, dont les cadavres gisaient encore sans sépulture, abandonnés au cours des fleuves. Catherine chargea son fils de prédilection, le duc d’Anjou, de diriger le siège de La Rochelle, qui se défendit vaillamment, et força la cour à recourir à des négociations qui furent suivies d’une paix qui ne fut pas plus durable que les autres. Ce qui la hâta fut la nomination du duc d’Anjou au trône de Pologne. Son départ causa une vive douleur à Catherine de Médicis ; mais au moment où elle s’y abandonnait tout entière, les protestants déchirèrent le traité de La Rochelle et la guerre recommença. Charles IX n’y prenait pas part, il laissait faire ; il sentait que la vie se retirait de lui, et à peine âgé de vingt-quatre ans, il mourut à Vincennes, le 31 mai 1574. 
 
      A sa mort, Catherine prit les rênes du royaume, et écrivit à son fils, le roi de Pologne, de hâter son retour en France. Au reçu du message de sa mère, il s’enfuit de Varsovie comme si ses sujets l’en avaient chassé ; mais il ne se hâta pas d’arriver à Paris ; il séjourna en Italie, et pendant six mois ce ne furent que bals, fêtes, concerts ; il oublia au milieu des plaisirs que son royaume était déchiré par la guerre civile, et arriva endetté à Lyon, et avec sa mère, aussi endettée que lui, il descendit le Rhône, et se donna à Avignon le spectacle d’une procession demeurée célèbre dans l’histoire : il y parut en habit de moine et sa mère y assista revêtue d’un sac. « La belle pénitente ! » disaient en riant les seigneurs de sa cour, qui savaient qu’elle n’avait ni foi ni loi, et que sa seule religion était de consulter les astres. Un prélat célèbre, le cardinal de Lorraine, assista à la procession, pieds nus, prit un refroidissement, et mourut quelques jours après dans des convulsions horribles ; il jurait et blasphémait pendant son délire. 
 
     La nuit qui suivit sa mort, un terrible ouragan fondit sur la province. « Ce sont les éléments », dirent les catholiques fervents, qui portent le deuil de Monseigneur de Lorraine ; « ce sont les démons déchaînés qui emportent l’âme du cardinal », répliquèrent les protestants. 
 
      Quand Catherine de Médicis apprit la mort du prélat, elle éprouva une grande joie. « Nous aurons maintenant la paix, dit-elle, puisque Monseigneur de Lorraine est mort. » 
 
      Sa joie fut cependant troublée par le souvenir des choses qui s’étaient passées entre elle et ce prêtre. Elle croyait le voir constamment debout devant elle, lui faisant signe de le suivre. Le jour de la mort du prélat, en se mettant à table, elle poussa un cri aigu : « Jésus ! s’écria-t-elle, voilà Monsieur le cardinal de Lorraine que je vois ! » et elle se mit à trembler de tous ses membres ; puis elle reprit peu à peu ses sens, et honteuse d’avoir ainsi montré sa terreur, elle dit tranquillement : « C’est grand cas de l’appréhension ! je suis bien trompée, si je n’ai vu ce bonhomme passer devant moi pour s’en aller en paradis, et me semblait que je l’y voyais monter. » 
 
      Les visions de Catherine disparurent peu à peu au milieu du tourbillon des fêtes et des plaisirs ; après avoir dépensé de fortes sommes qu’elle avait empruntées, elle se dirigea avec son fils Henri III vers Paris. 
 
   Il nous serait impossible, vu le nombre de pages dont nous disposons, de raconter en détail les événements politiques et religieux auxquels Catherine prit part, et presque toujours au détriment et au déshonneur de la France ; mais peu lui importait, pourvu que son ambition soit satisfaite. Henri III, qui sentait la supériorité de sa mère, lui abandonnait les rênes de l’État, pendant qu’il devenait la risée de ses sujets par ses dévotions extravagantes ; il courait, les jours de fête, d’église en église, revêtu du costume d’un pénitent, portant à sa ceinture un énorme chapelet dont chaque grain était une tête de mort sculptée ; quelquefois il lui prenait la fantaisie d’une prédication, et du haut de la chaire d’un couvent, il débitait une homélie. Ridicule par ce côté de sa vie, il se rendait odieux aux Parisiens par ses folles prodigalités ; il jetait les millions arrachés à la sueur de son peuple, à quelques jeunes débauchés qu’il appelait ses Mignons ; il faisait lui-même leur toilette et s’habillait en femme. On le voyait quelquefois faire la chasse aux petits chiens ; il avait une telle passion pour ces animaux que l’entretien de son chenil coûtait plus à l’État que le salaire des professeurs de toutes ses universités. Sous un tel roi, qui tour à tour soutenait et trahissait les protestants, les affaires du royaume ne pouvaient que péricliter. En mourant, François de Guise avait laissé des enfants qui continuaient les traditions de leur famille. Henri de Guise, l’aîné, à la mort de son père, avait douze ans ; il avait hérité de lui une partie de ses talents et toute son ambition. De bonne heure, il comprit que son avenir politique dépendait de son influence sur les catholiques dont son père avait été l’épée victorieuse aux jours de leurs luttes avec les protestants. Il avait beaucoup de ce qui fait un chef de parti. Il était jeune, brave ; une blessure qu’il avait reçue à la figure, et qui lui avait fait donner le surnom de Balafré, le rendait cher à l’armée ; le souvenir de son père en faisait l’idole des Parisiens. 
 
      Henri de Guise avait dans la duchesse de Montpensier, Catherine de Lorraine, sa sœur, une auxiliaire dévouée ; elle était belle, séduisante, hardie ; ambitieuse outre mesure, elle rêvait pour son frère le trône de France, et avait un esprit de décision qui manquait au Balafré ; elle haïssait mortellement Henri III, qui, un jour, l’avait raillée. Ce fut cette princesse qui fut l’âme de cette grande association catholique connue dans l’histoire sous le nom de la Ligue. Quand elle se forma, elle n’avait en apparence pour but que de sauvegarder en France la cause du catholicisme ; mais son but réel était l’extermination des protestants, et pour la maison de Lorraine, le moyen de détrôner Henri III et de faire déclarer à sa place roi de France l’aîné des Guises. 
 
    Catherine de Médicis, malgré sa perspicacité, ne comprit pas tout ce que la formation de la Ligue avait de dangereux pour sa famille. Toutefois, ne voyant pas, sans une certaine appréhension, se former à côté du pouvoir royal une association puissante qui ne relevait que d’elle-même, elle engagea son fils à s’en déclarer le chef, et l’on vit alors, chose inouïe ! un roi qui se liguait contre ses propres sujets ; il ne tarda pas cependant à comprendre que les Guises ne voulaient frapper les protestants que pour pouvoir plus tard le frapper lui-même. Il déclara par un même édit dissoutes la Ligue catholique et la Ligue protestante, qui s’était formée pour faire tête à l’orage qui menaçait les huguenots. Il avait reconnu que l’extermination de ces derniers serait sa ruine. Il fit donc la paix de Bergerac. Dans cette circonstance, Catherine de Médicis conseilla bien son fils. Malheureusement elle ne sut pas ou ne voulut pas exécuter fidèlement le traité de Bergerac et la guerre recommença bientôt après. 
 
      Le roi de Navarre, son gendre, qui commençait sa carrière militaire, la haïssait et se défiait d’elle. Il s’était déjà séparé de Marguerite de Valois, sa femme, qui se déshonorait par une conduite infâme, et lui s’abandonnait sans réserve à toutes les mauvaises passions de son cœur, démoralisant, par son exemple, la gentilhommerie huguenote, si austère quand elle versait son sang sur les champs de bataille sous le commandement de Coligny et de La Noue. 
 
    La position de Catherine devenait de jour en jour plus difficile ; elle n’avait ni la confiance des huguenots qu’elle avait si souvent trompés, ni celle des Ligueurs, qui, à bon droit, se défiaient d’elle. Entre ces deux partis se trouvait le parti royal ; mais il était paralysé, moins encore par son petit nombre que par le mépris que lui inspirait le roi. Celui-ci, au lieu de faire un appel énergique à la nation, pour que toute tête se courbe devant le sceptre royal, ne s’occupait que de ses chiens, de ses perroquets, de ses Mignons et de son bilboquet ; sa mère était désolée de son apathie, et alors, pour tenir le trône chancelant des Valois en équilibre, elle faisait tour à tour des avances aux Ligueurs et aux protestants, prête à leur manquer de parole à la première occasion. Aussi recueillit-elle ce qu’elle avait semé ; son fils fut à la fois menacé par les Ligueurs et par les protestants. Sa position devenait de jour en jour plus critique, et il ne fut jamais plus près de sa ruine que le jour des Barricades (12 mai 1588) ; les bourgeois de Paris se soulevèrent et barricadèrent les rues. Si, dans ce moment, Henri de Guise, dans l’intérêt duquel l’insurrection eut lieu, avait eu l’esprit de décision de la duchesse de Montpensier, Henri III aurait été fait prisonnier, et Catherine de Lorraine aurait eu la joie de le tonsurer elle-même, et de le voir pour le reste de ses jours confiné dans un cloître. Henri III, grâce à une ruse de sa mère, prit la fuite et s’échappa. Arrivé sur les hauteurs de Saint-Cloud, il se retourna, et arrêtant ses regards sur sa capitale, il s’écria, la rage au cœur : « Je te brûlerai ! » 
 
      Quand les Parisiens apprirent que Henri III s’était échappé, ils furent furieux ; mais bientôt de la colère ils passèrent à la crainte. Ils connaissaient le maître qu’ils avaient chassé, et ils savaient qu’il ne reculerait pas devant l’incendie de la capitale. Ils lui envoyèrent à Chartres une députation, pour le supplier de revenir à Paris, où il trouverait un peuple fidèle et dévoué. Il refusa, et au lieu de faire appel à toute sa noblesse, afin qu’avec lui elle marche sur ses sujets révoltés, il faiblit. Les Ligueurs reprirent courage, furent plus insolents et plus menaçants que jamais, et finirent par lui imposer leurs volontés. Henri III ne fut dès lors roi que de nom ; il refoula au fond de son cœur sa haine pour Henri de Guise, « le vrai roi de Paris », et conçut le projet de faire par la ruse ce qu’il se sentait impuissant de réaliser par la force. 
 
   Transportons-nous maintenant dans le château de Blois ; il s’y joue un drame qui a inscrit une grande date historique dans les annales de la France. Henri III s’y trouve avec toute sa cour ; il n’a pas oublié les humiliations que Henri de Guise lui a fait subir ; trop faible pour arrêter de vive force son ambitieux et insolent sujet, il trouve le moyen de s’en débarrasser par la ruse, et pour l’aider, il a quelques-uns des gentilshommes de sa cour qui condescendent au rôle d’assassins. Guise est averti que sa vie court un grand danger. « Il n’osera », dit-il en parlant du roi, et il se rend à l’invitation que son maître lui fait de venir dans son cabinet. Tous les préparatifs de mort étaient faits ; à un signal donné, le Balafré tombe sous les coups d’épée des assassins du roi. Il était à peine étendu roide mort dans la chambre à coucher de Henri III, que celui-ci accourt, l’épée au poing, en criant : « Nous ne sommes plus deux, je suis roi ! » Il pousse du pied le cadavre de celui qu’il n’osait regarder en face ; puis le mesurant du regard, il s’écrie : « Qu’il est grand ! » 
 
      Henri III avait conçu et exécuté le projet de tuer le Balafré sans le faire savoir à sa mère. Celle-ci, depuis quelque temps, était négligée par son fils, qui la tenait à l’écart des événements qui, à cette époque, se succédaient avec tant de rapidité. Catherine, chez laquelle l’ambition n’avait jamais vieilli, souffrait cruellement de cet abandon ; reléguée dans l’une des chambres du château, elle ignorait le matin, en se réveillant, la scène tragique qui s’était passée à quelques pas d’elle ; elle avait bien entendu du bruit, mais elle n’en savait pas la cause. Quelle ne fut pas sa surprise, quand elle vit entrer tout effaré dans sa chambre le cardinal de Bourbon, qui, la croyant complice de l’assassinat de Guise, lui dit en l’abordant : « Ah ! Madame, ce sont là de vos traits ! vous nous faites tous mourir. » 
 
      La vue de ce vieillard, qui lui apprenait la sinistre nouvelle, fit sur elle une impression si terrible qu’elle se mit au lit et ne s’en releva plus. Son fils vint la visiter ; mais le même homme qui avait savouré la vue du cadavre de Guise étendu à ses pieds n’eut pas le courage de voir expirer sa mère ; il l’abandonna, et la vieille Catherine trépassa sans autre témoin de sa mort qu’un vieux prêtre, qui l’assista au moment suprême. 
 
   Telle fut la fin de cette femme si remarquable sous certains rapports et si sinistre sous tant d’autres. L’ambition, qui fut le mobile de sa vie, la jeta dans des intrigues dangereuses, souvent criminelles ; à mesure qu’elle s’enfonçait dans le mal, elle perdait pudeur, tact moral, et finissait par faire le bien sans enthousiasme et le mal sans remords. Elle corrompit ses fils, sa cour ; se joua de tout, se moqua de tout ; ruina matériellement et moralement la France ; et tout en s’efforçant d’asseoir solidement sa famille sur le trône de saint Louis, elle creusa de ses propres mains l’abîme dans lequel elle disparut. Autant le berceau des Valois avait été brillant avec François Ier, autant leur tombeau fut honteux avec Henri III. 
 
      Henri III, qui avait abandonné sa mère mourante, lui fit de splendides funérailles. Dans tous les appartements du château de Blois les tentures furent retirées ; ils furent peints en noir et semés de larmes d’argent. Personne ne regretta la Florentine, si ce n’est quelques vieux serviteurs, qui poussèrent des cris de rage en apprenant que leur magnifique maîtresse était morte insolvable. La femme qui avait possédé des millions, ne laissait que des dettes, et pour héritage, qu’un nom maudit parmi les maudits. Haïe et méprisée de tous les partis, qu’elle trahit et servit tour à tour, selon ses intérêts du moment, elle s’éteignit dans l’obscurité, et à sa mort, elle ne faisait plus ombrage à personne. « Quant à Blois, dit l’Estoile, où elle était adorée comme la Junon de la cour, elle n’eut pas plutôt rendu le dernier soupir, qu’on n’en tint plus compte que d’une chèvre morte. » 
 
      Le dimanche qui suivit sa mort, un prédicateur très populaire à Paris, appelé Guincestre, en donna la nouvelle à ses auditeurs en ces termes : 
 
    « La reine, leur dit-il, a fait dans sa vie beaucoup de bien et beaucoup de mal ; et crois qu’elle en a fait plus du dernier que du premier ; je n’en doute point : aujourd’hui, Messieurs, se présente une difficulté, savoir, si l’Église catholique doit prier pour elle, ayant vécu si mal , avancé et supporté souvent l’hérésie ; encore que sur la fin elle ait tenu le parti de notre sainte union (la Ligue), comme l’on dit, et n’ait consenti à la mort de nos bons princes catholiques. Sur quoi, je vous dirai, Messieurs, que si vous voulez lui donner à l’aventure par charité un Pater et un Ave, vous le pouvez faire, il lui servira de ce qu’il pourra, sinon il n’y a pas grand intérêt. Je vous le laisse à votre liberté. » 
 
      Ce fut là l’oraison funèbre de la trop célèbre Florentine ; elle n’en méritait pas d’autre. Son châtiment fut celui que la Providence inflige aux ambitieux : elle fut délaissée et mourut dans l’obscurité. 
 

 

 

 
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